Dire de Thierry Chappatte qu’il est depuis toujours l’une des figures de proue du FCTT relève de l’évidence. Au fil du temps, la silhouette restée juvénile de ce Tavannois de 64 ans est devenue extrêmement familière aux yeux des nombreux footeux qui hantent les deux localités. Aux yeux aussi de leur entourage. Auprès des jeunes comme chez les plus anciens, son regard bienveillant, son calme naturel et sa manière réfléchie ont souvent fait mouche. Alors, s’il est quelqu’un d’approprié pour parler des 25 ans de notre club, pour évoquer surtout le domaine cher à son cœur, c’est-à-dire le mouvement juniors (MOJU), c’est bien lui.
Depuis ses débuts de joueur dans l’alignement des juniors C tavannois, Thierry n’a jamais fait la moindre infidélité à son club de cœur. «A l’origine, j’ai choisi ce sport pour suivre mes copains», se souvient-il. Faut dire qu’il avait de qui tenir. Son paternel Robert, aujourd’hui décédé, était actif lui aussi au sein du FC Tavannes, tout en ayant déployé par ailleurs de multiples activités en tant que membre du comité et concierge du stade tavannois. Quant à sa maman Marlyse, âgée aujourd’hui de 84 ans, elle continue vaille que vaille d’exercer sa fonction d’aide-cantinière sur les hauteurs du plateau d’Orange, en soutien de son amie Dominique Délétroz.
Tombé dans la marmite
Aîné d’une fratrie de trois enfants, Thierry, au contraire de sa sœur Nathalie et de son frère Cédric, a toujours voué une passion sans bornes pour les circonvolutions du ballon rond. «On peut dire que je suis tombé dans la marmite tout petit et que c’est peu à peu devenu comme une drogue. Après tout, c’est bien ce qu’il faut, non, pour faire vivre le bénévolat?» Sur les pelouses, il a passé sa vie dans un rôle de défenseur. «Mais je n’étais pas très talentueux et j’ai dû me contenter d’une ‹carrière› dans le foot des talus, en 4e et en 5e ligues», sourit-il. «Puis j’ai cessé la compétition de manière assez précoce, dès l’âge de 32 ans, alors que j’évoluais en seniors.» A ce moment-là, il avait déjà endossé depuis une dizaine d’années, en parallèle, un autre costume, celui d’entraîneur. «En 1983, alors que j’avais 22 ans, Marcel Greder m’avait convaincu de devenir son assistant dans les juniors C», explique-t-il.
Ainsi est née une vocation qui allait faire de «Reto» un formateur au long cours, dont le cursus fut juste entrecoupé d’une interruption de deux ans après la crise du Covid. Reto? «Ce surnom est lié à Reto Lohrer, défenseur du HC Bienne au début des années 80», se marre-t-il. «Avec les frères Thierry et Patrick Boichat, nous suivions régulièrement les matches de l’équipe biennoise et ce joueur était mon idole. Voilà pourquoi les frangins m’ont surnommé Reto, et c’est resté…»
D’innombrables joueurs, actuels ou anciens, sont passés à un moment ou à un autre sous la houlette de Thierry. «J’ai également dirigé la ‹deux› du FCTT durant deux saisons, en 3e ligue, et passé une année comme assistant de Vincent Sbaraglia en 1re équipe», précise notre homme, qui est titulaire d’un diplôme C+. Mais ce fut pour mieux rebondir chez les juniors. «J’ai toujours préféré travailler avec les jeunes, à condition que ce soit dans le foot à 11. Je n’ai jamais voulu entraîner les plus petits.»
Le même discours
Thierry est bien placé pour commenter l’évolution des mentalités, de 2001 à nos jours. «Hormis quelques frictions bénignes et tout à fait normales au sein d’un collectif sportif, je ne me souviens pas avoir eu un problème majeur avec un junior», déclare-t-il. «J’ai toujours entretenu de bons contacts avec mes protégés, et ils me l’ont bien rendu. Aujourd’hui encore, alors que je codirige les juniors C avec Laurent Möri et Eliott Rodrigues, j’affirme que les juniors sont toujours atteints du virus du foot, comme le prouve leur assiduité à l’entraînement. En plus, on a la chance d’avoir affaire à des garçons polis et respectueux.»
Et de poursuivre: «Par contre, là où les choses se sont un peu gâtées, c’est en matière d’activités hors-compétition. Pendant des années, le FCTT organisait pour ses juniors des camps d’entraînement et participait à des tournois à l’étranger. Il n’y avait rien de tel pour renforcer les liens, pour forger l’esprit d’équipe. Or, pour diverses raisons, toutes ces manifestations ont disparu de la circulation. Je trouve cela regrettable.»
Existe-t-il une «méthode Chappatte»? «Année après année, je tiens le même discours à mes juniors», répond-il. «Dans leur vie d’adolescents, ils ont toujours besoin de chefs qui fixent les règles du jeu à respecter: leurs parents, leurs enseignants, leurs maîtres d’apprentissage ou leurs moniteurs de sport. C’est comme cela que les choses fonctionnent. Sauf qu’en foot, c’est un peu moins strict, il est permis de discuter. Pour ma part en tout cas, j’ai toujours été ouvert au dialogue.»
Que penser du MOJU actuel? «Il est toujours aussi bien structuré qu’au moment de la fusion», estime Thierry, «et se place sous le signe d’une grande continuité. On ne peut que s’en féliciter. Pendant ce quart de siècle, nos juniors ont obtenu les meilleurs résultats tant qu’ils étaient entraînés par des gens du cru. Il fut un temps où l’on a accordé trop d’importance à des externes. Cela dit, il faut bien reconnaître que, de manière générale, le manque d’infrastructures adéquates nous empêche d’être plus ambitieux.» Sous-entendu: on est obligé de composer avec les moyens du bord.
A propos de résultats: selon Thierry, la place de notre 1re équipe se trouve bien en 2e ligue, comme actuellement, «du moins tant qu’on composera avec les forces de notre propre vivier. La 2e ligue inter, c’était une longue parenthèse enchantée, surtout sous l’ère Steve Langel. Son départ en 2023 a laissé des traces. Il était le moteur, et je dois dire que ce n’était que du bonheur de collaborer avec lui.»
La présidence? Non merci
Depuis 2001, Thierry ne s’est pas contenté d’entraîner. Il a coiffé d’autres casquettes, comme celle de président en alternance de l’ex-regroupement juniors Reconvilier-Tavannes-Tramelan. Il faisait partie aussi du comité au moment de la fondation du FCTT, en qualité de président du MOJU. Ce clubiste dans l’âme a oeuvré par ailleurs comme arbitre chez les minis et comme masseur occasionnel.
Ce célibataire endurci connaît à ce point tous les rouages du club qu’on s’est permis, en clôturant l’entretien, de lui demander s’il n’avait pas… l’étoffe d’un président. Cela d’autant plus qu’il partira à la retraite en mai prochain, lui qui gagne sa vie en tant qu’opérateur chez Omega, à Bienne (le premier métier qu’il a exercé fut celui de carrossier). La réponse fuse: «Exclu. Je suis trop impulsif, trop bileux. Je ruminerais trop…»

