David Quain: «Un objectif, ça ne se décrète pas, ça se construit»

David Quain: une pointure à la tête du FCTT. (Photo Alain Boillat)

Un nouvel entraîneur (David Quain pour Fabio De Feo), un nouveau directeur sportif (Thierry Guenot pour Luis Bartolomé) et sept nouveaux joueurs (Joé Blaesi, Nicolas Strahm, Thomas Girardi, Noé Rodrigues, Bilel Badre, Steven Crolet et Junior Ntumba-Mulumba), appelés à compenser les départs de six éléments (Téo Assunçao, Breogan Espasandin, Daniel Gonçalves, Renato Martins, Edson Lopes et Mehdi Galibali): notre 1re équipe a subi cet été ce qu’on peut considérer comme une mue en profondeur. Elle aborde donc le championnat de 2e ligue 2026/27 – lequel prend son envol samedi prochain, le 8 août, par un match à Tavannes contre Porrentruy (16h) – avec un regain de dynamisme et d’optimisme. Du moins l’espère-t-on dans l’entourage du club.

A en croire David Quain, le chevronné coach de 54 ans qui a succédé au débutant Fabio De Feo, l’objectif consistera à faire mieux que la saison dernière, bouclée à la 7e place. Alors que vont s’ouvrir les hostilités, nous avons soumis le technicien franco-suisse, lequel s’apprête à découvrir les charmes de cette catégorie de jeu pour la première fois de sa longue carrière, à la question.

David, tu avais cessé d’exercer depuis ton départ de Courtételle, en avril 2024. Est-ce que l’idée de revenir aux affaires te démangeait?

Pas vraiment. Tant qu’une telle perspective ne figure pas à l’ordre du jour, on s’habitue vite à mener une vie différente. J’ai tout de même partiellement repris du service il y a pile un an en acceptant l’offre du FCTT de m’occuper de sa cellule de développement. De toute ma carrière d’entraîneur, et n’ayant pas d’agent, je ne me suis jamais proposé à un président. J’ai toujours attendu d’être contacté.

En juin 2025, puis en juin 2026, tu as repoussé à deux reprises des offres du FC Besa Bienne. Pourquoi avoir accepté en fin de compte celle du FCTT?

La première fois, Besa venait de monter en 1re ligue. L’aventure ne manquait pas d’attrait, c’est évident, mais elle s’annonçait usante aussi, trop prenante à mes yeux. D’un point de vue familial et professionnel, je ne me trouvais pas dans une position optimale pour exercer un tel mandat. Et comme je n’ai pas pour habitude de faire les choses à moitié, j’ai renoncé. La seconde fois, le club était encore installé en 1re ligue quand il m’a contacté (réd: Besa a été relégué en 2e ligue inter par la suite), j’avoue avoir hésité. Si la balance a penché en faveur du FCTT, c’est parce que j’ai eu un bon feeling avec ses dirigeants, les anciens comme les nouveaux. Ce projet était également plus compatible avec ma vie professionnelle du moment. D’autre part, j’ai découvert qu’il s’agissait là d’un peu plus qu’un club. Il véhicule en effet des valeurs qui sont miennes également et soulève une certaine passion populaire. Je me réjouis d’ailleurs de revivre cet engouement, notamment lors des derbies face à Birse et Moutier. Ma sympathie pour le FCTT n’est pas nouvelle. Elle est née alors que je l’avais comme adversaire.

Sur l’insistance des joueurs, l’entraînement a été réduit à deux séances par semaine…

Oui, et cela en plein accord avec Thierry Guenot. Il faut savoir s’adapter aux codes actuels des joueurs. La construction de la maison et des fondations, c’est leur projet. Mon assistant Jean-Claude Christen et moi, nous serons là pour les accompagner, pour tenter de faire grandir l’équipe. Evidemment, tout cela va m’obliger à renouveler mes méthodes de travail, à sortir de ma zone de confort, à changer la position de mon curseur.

Quel genre de meneur es-tu? Autoritaire? Tolérant?

Même si les grandes décisions m’appartiennent bien sûr, je suis adepte d’une démarche participative et tiens à responsabiliser les joueurs. Ils viennent au foot trois fois par semaine et sont donc motivés. Je leur fais confiance. D’ailleurs, 22 idées ne valent-elles pas mieux qu’une seule que j’imposerais au groupe?

Qu’as-tu découvert en débarquant comme genre d’équipe?

Des garçons travailleurs et ambitieux. Ils affirment avoir médité sur leurs performances des dernières saisons et vouloir montrer qu’ils sont capables de faire mieux. Pour le reste, ils sont à cheval sur les règles du bien-vivre ensemble. On voit que les anciens partagent des valeurs et qu’ils ont envie de les transmettre aux nouveaux arrivés.

Que reste-t-il à améliorer en priorité?

Sans vouloir juger le passé, j’avoue avoir été surpris par le déficit de condition physique de l’équipe. On va réussir à le combler, certes, mais pas tout de suite. Lors des trois ou quatre premiers matches, il faudra y aller au mental.

Es-tu satisfait de la campagne de transferts?

A priori, oui. Il serait toutefois opportun de compléter le mercato par un dernier transfert, étant donné les absences de longue durée de plusieurs blessés de la saison dernière (réd: Léo Vuilleumier, Mathieu Bueche, Emilien Paratte). On verra ce qu’il est encore possible de faire ou pas.

Avec le défenseur central ou milieu récupérateur Steven Crolet et avec l’artiste offensif Bilel Badre, le FCTT a engagé deux renforts français intéressants…

En effet. Je les ai vu jouer à plusieurs reprises sous le maillot de Diaspora. Et Bilel, je le connaissais déjà pour l’avoir entraîné à Courtételle. Les deux sont très liés et tenaient à continuer à jouer ensemble. Nous ne sommes pas allés les piquer dans leur ancien club. Nous les avons recrutés parce qu’ils avaient décidé de toute façon de s’en aller. Mais attention, chez nous, il n’y a pas de star. La star, c’est l’équipe.

L’équipe aura-t-elle eu le temps d’assimiler tes principes tactiques jusqu’au match de Porrentruy?

Non, c’est impossible. D’autant plus que le va-et-vient incessant des vacanciers a perturbé notre préparation. Certains joueurs, je ne les verrai pas avant le début du championnat. Pour l’heure, il m’est encore difficile de situer la valeur du groupe. Mais si les joueurs parviennent déjà à s’imprégner de l’état d’esprit recherché, c’est-à-dire à avoir le respect de soi-même, de leurs coéquipiers, de l’institution et du public, alors je serai content. Nous avons un rôle d’exemplarité à jouer, surtout à l’égard des nombreux gosses qui viennent assister aux matches.

Ta façon de jouer, c’est quoi dans les grandes lignes?

Au-delà du système, ce sont surtout les principes de base qui m’intéressent: jouer avec enthousiasme, oser, pratiquer un jeu intense.

Quel est ton objectif pour ce championnat?

Difficile à dire, je n’ai d’ailleurs pas une grande connaissance du niveau de nos adversaires. Dans un premier temps, nous allons naviguer à vue et y aller doucement, petit à petit. Le but qu’on s’est fixé est de faire mieux que le 7e rang de 2025/26, tout en affichant de l’humilité, une valeur essentielle. De toute manière, un objectif, ça ne se décrète pas, ça se construit.

Comment vois-tu ce premier match contre Porrentruy?

D’après les renseignements que j’ai pu glaner ici et là, «Porren», ce sera du costaud cette saison. Nous, on ne sait pas trop où nous situer pour l’instant, avec plusieurs joueurs qui rentrent de vacances juste avant cette échéance. Nous aurons en plus le handicap de devoir évoluer sans Steven Crolet, qui sera suspendu (réd: il s’est fait expulser le 31 mai dernier avec Diaspora contre… Porrentruy et a écopé de trois matches de suspension; il lui en reste un à purger).

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Il a obtenu son premier brevet d’entraîneur à 18 ans!

Né le 15 mars 1972 à Mulhouse, d’une mère française d’origine italienne et d’un père franc-comtois, David Quain a grandi (avec son frère) et fait ses écoles dans la métropole alsacienne proche de Bâle. Aujourd’hui, il a élu domicile avec sa famille dans le petit village de Courtelevant (Territoire de Belfort), aux confins de la frontière ajoulote. Marié à Valérie, qui exerce la profession d’ingénieure pédagogique à l’Université de Mulhouse, il est père de deux jumeaux de 11 ans, Enzo et Romain. Lui-même travaille depuis toujours comme éducateur spécialisé avec des adolescents souffrant de troubles du comportement, engagé depuis un an et demi à la fondation You Count, à Vauffelin, à un taux de 80 pour cent. «Parfois», sourit-il, «dans mon cursus footballistique, mon métier m’a servi davantage que mes diplômes d’entraîneur…» On le croit sur parole.

En dépit de son activité trépidante, David affirme pouvoir concilier sans trop de difficultés les triples exigences de sa vie familiale, de sa vie professionnelle et de son engagement sportif. «On s’en sort bien parce que ma femme pratique souvent le télé-travail et que j’ai pour ma part l’avantage de bénéficier du régime des vacances scolaires», explique-t-il.

Adolescent, David a pratiqué trois sports différents à un bon niveau régional: le foot, le volley et le tennis. «Mais, à un moment donné, pour accéder à sport-études, il m’a fallu faire un choix», raconte-t-il. «C’était soit le foot à Luxueil-les-Bains, soit le volley à Lyon. Pour d’évidentes raisons de proximité géographique, j’ai opté pour la première solution…» Par la suite, il passera sa carrière de joueur au poste de défenseur central dans plusieurs clubs français: Beaucourt, ASM Belfort et Barr.

Très vite pourtant, David sera attiré par le job d’entraîneur, qui prendra gentiment le dessus. «J’ai décroché mon premier brevet à l’âge de 18 ans», annonce-t-il fièrement, lui qui est titulaire aujourd’hui d’un diplôme A (diplôme d’état supérieur en France), ainsi que d’un diplôme d’instructeur et de préparateur physique ASF, après avoir peaufiné sa formation à Besançon et Clairefontaine. «Un jour, une annonce dans le magazine ‹France Football› m’a titillé. Un petit club de Touraine, dans le village de Saint Georges Descartes, très loin de chez moi, cherchait un entraîneur-joueur. Sans trop y croire, j’ai postulé et, à ma grande surprise, ma candidature a été retenue! C’est ainsi que, de 20 à 22 ans, j’ai passé deux saisons merveilleuses dans cette région rurale, au sein d’un club qui jouait les premiers rôles et attirait parfois jusqu’à 500 spectateurs.»

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Le contingent 2026/27

Gardiens: Yoann Bangerter et Joé Blaesi.

Défenseurs: Loïc Dubois, Célien Roth, Steven Crolet, Emilien Paratte, Noah Teissier, Sergio Cunha et Mathieu Bueche. 

Demis: Alexis Berberat, Steven Sollberger, Léo Vuilleumier, Cyril Brunner, Jordan Beauquier, Thomas Girardi, Nicolas Strahm, Donovan Ducommun et Bilel Badre.

Attaquants: Matthieu Leiber, Junior Ntumba-Mulumba, Stéphane Menanga, Noé Rodrigues et Ivan Mitrov. 

Entraîneur: David Quain (nouveau)

Assistant: Jean-Claude Christen (depuis juillet 2025).

Masseur: Christophe Ramey.

Team-manager: Benjamin Mercier.

Directeur sportif: Thierry Guenot.

Le mercato estival

Arrivées: Nicolas Strahm (retour à la compétition), Thomas Girardi (Franches-Montagnes), Noé Rodrigues (Delémont), Bilel Badre (Diaspora), Steven Crolet (Diaspora), Joé Blaesi (Haute-Ajoie) et Junior Ntumba-Mulumba (Breitenrain).

Départs: Breogan Espasandin (Aurore), Téo Assunçao (Franches-Montagnes), Daniel Gonçalves (Moutier), Renato Martins (arrêt), Edson Lopes (arrêt) et Mehdi Galibali (arrêt).

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