Eugenio Buarne, l’homme de l’ombre aux multiples casquettes

Eugenio Buarne, un homme apprécié pour sa polyvalence. (Photo Alain Boillat)

De nombreux bénévoles se décarcassent sans compter pour assurer jour après jour la bonne marche du FCTT tout en restant volontiers tapis dans l’ombre. Eugenio Buarne fait partie de ceux-là. Notre responsable du matériel et des infrastructures, et en tant que tel membre du comité central et du comité du MOJU, a d’ailleurs un peu hésité avant d’accepter de se prêter au petit jeu de l’entretien. «J’ai de la peine à m’avancer sur le devant de la scène», avoue-t-il. Finalement, il s’est laissé convaincre et s’est même longuement lâché. Sur sa vie comme sur ses multiples activités au sein du club.

Pour commencer, plantons le décor. Agé de 54 ans, Eugenio, Sicilien d’origine et fier de l’être même s’il a pratiquement toujours vécu en Suisse («je suis viscéralement attaché à Palerme, ma ville d’origine, où vit encore une partie de ma famille, et à son club de foot»), est marié à Susana, une Portugaise qu’il a rencontrées sous nos latitudes. Le couple vit depuis longtemps à Tavannes entouré de ses trois enfants, l’aînée Mayra (elle pratique le patinage artistique) et les deux garçons Diego et Rafael (ils jouent au foot, le premier au FCTT, le second depuis peu à Delémont).

Sur le plan professionnel, cela fait 31 ans qu’Eugenio gagne sa vie comme plâtrier-peintre au sein de la même entreprise biennoise, la «Maler- und Gipsergenossenschaft». «Je m’y plais toujours autant. J’ai les coudées franches, presque comme un indépendant, mais sans avoir à subir de contraintes administratives», rigole-t-il.

Parcours chamboulé

Son enfance, Eugenio, qui a une sœur, l’a passée à Bienne. En quête de travail, ses parents immigrés étaient venus s’installer dans la métropole seelandaise, où il est né. C’est dans cette ville qu’il a fait ses écoles. Et c’est là aussi qu’il s’est mis à pratiquer le football, comme junior, puis actif et senior, à Aurore, USBB, Ceneri et Azzurri. «Mon parcours de joueur n’a rien eu d’enchanteur», avoue sans broncher cet ancien arrière latéral ou demi de couloir. «Pour différentes raisons, il a même été passablement chamboulé. Au début, j’étais un gringalet et j’en ai souffert…»

Bien plus tard, lorsque son fils aîné Diego a chaussé ses premiers souliers à crampons, Eugenio s’est intéressé progressivement à la fonction d’entraîneur. «Je prenais du plaisir à suivre l’évolution de mon gamin et des autres enfants», confie-t-il. «Alors je me suis pris au jeu, je me suis inscrit à un premier cours de formation, puis un second. Cela m’a valu d’obtenir d’abord le diplôme D, puis, quelques années plus tard, le C.» Aujourd’hui, il officie en collaboration avec Jonny Martello à la tête des juniors B du FCTT. Il a dû réduire un peu son pensum depuis que son cadet Rafael, tout récemment, a été muté à Delémont. Car, en alternance avec d’autres parents du coin, il se doit d’assurer des transferts en voiture dans la capitale jurassienne.

Au fil de ses expériences, Eugenio s’est forgé une idée précise de la façon de s’y prendre pour diriger de jeunes sportifs. «Dans le foot amateur tel qu’il se pratique chez nous, qui a son charme mais aussi ses limites, il convient en priorité de recadrer les choses», estime-t-il. «Les enfants subissent déjà tellement de pression dans leur vie au quotidien qu’il ne faut surtout pas en rajouter une couche pendant leurs loisirs. Par conséquent, je préfère être leur ami…»

Pas une mince affaire

Au FCTT, Eugenio endosse d’autres fonctions encore, bien plus «généralistes». Il est à la fois le responsable du matériel et des infrastructures, tant à Tavannes qu’à Tramelan. Pas une mince affaire. Toutes les commandes de «matos», qu’il s’agisse de jeux de maillots, de survêtements, de ballons et autres accessoires, sont centralisées et passent par lui, charge à lui d’en évaluer la nécessité et les coûts. Elles sont transmises ensuite à l’équipementier Macron, auquel le club est lié au moins jusqu’en 2030 par un contrat de partenariat de sponsoring.

«C’est une tâche complexe», assure-t-il. «Prenons l’exemple de tout ce qui concerne le textile pour la 1re équipe. Il faut procéder à des essais pour commander la juste taille et le numéro de maillot idoine pour chaque nouveau joueur et chaque nouvel entraîneur. Puis m’occuper de la distribution.» Le pack complet comprend un sac à dos, deux survêtements, l’un sportif, l’autre de sortie, un k-way, un t-shirt et un short d’entraînement, ainsi que deux paires de chaussettes.

La responsabilité des infrastructures, c’est encore autre chose. «Il m’appartient de superviser les terrains, leur état, le lignage, les filets, le rangement du matériel, la propreté des vestiaires et des douches, l’état de fonctionnement du minibus des juniors», précise Eugenio. «C’est moi aussi qui dicte les renvois en cas de mauvais temps. En revanche, ces sont les communes de Tavannes et de Tramelan qui gèrent la tonte et l’arrosage du gazon. La qualité de celui-ci s’est bien améliorée depuis qu’il est fait usage de robots…»

Essentiels contacts humains

On voit par là qu’Eugenio a une vie bien remplie. «C’est vrai», approuve-t-il. «Tout cela ne serait pas possible sans l’appui de mon épouse. Elle me soutient beaucoup et me donne des coups de main en cas de nécessité. De son côté, elle gère tout ce qui concerne le «dossier patinage artistique» pour notre fille Mayra. Elle fait d’ailleurs partie du comité du CP Tramelan…»

Et de conclure: «Personne ne m’oblige à déployer toutes ces activités à titre purement bénévole. Je fonctionne aux contacts humains, c’est essentiel. Je bosse avant tout par amitié pour de nombreuses personnes qui gravitent dans ce club et avec qui on rigole et s’entend bien. Je peux continuer ainsi pendant des années, du moins tant que je tiendrai debout! Parfois, involontairement, il peut m’arriver d’oublier quelque chose, un détail. Mais tu peux croire que je fais de mon mieux, dans l’absolu, pour essayer de satisfaire tout le monde…»

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