François Friedli, bonne âme dévouée à la cause de l’arbitrage

François Friedli, une très longue carrière dans l'arbitrage.

Nous poursuivons notre série consacrée aux personnages influents, assidus et méritants qui, dans une fonction ou dans une autre, ont façonné notre club au cours de son premier quart de siècle d’existence. Des membres souvent encore en activité. Mais pas tous, à l’exemple de l’ancien arbitre, correspondant de presse et enseignant François Friedli, qui, du haut de ses 73 ans – il les fêtera le 30 mai – s’est rangé des voitures et coule une paisible retraite à son domicile tramelot.

Dans nos rangs, et même s’il a fait aussi une courte apparition comme assesseur au sein du comité présidé alors par Otto Tanner, François s’est fait connaître avant tout par sa riche activité dans le domaine de l’arbitrage. «Je suis passé ‹au sifflet› en 1985, pour essayer et pour rendre service, car le FC Tramelan de l’époque éprouvait des difficultés à atteindre son quota», raconte-t-il. «J’étais déjà trop âgé pour nourrir de réelles ambitions personnelles. Mon ascension s’est achevée en 2e ligue, et même en 1re ligue en tant que juge de touche. Il m’a fallu beaucoup de temps pour atteindre ce plafond, mais j’avais des circonstances atténuantes. Car j’ai longtemps donné la priorité à mes activités parallèles d’arbitre de volley pour le compte de TGV-87. Il était difficile de concilier les deux. Ce n’est que tardivement que je me suis donné les moyens de percer dans le foot.»

1985, c’est précisément l’année où François a décidé de mettre un terme à sa carrière de joueur. Formé dans les juniors de Reconvilier – le village où il a passé son enfance –, l’ancien milieu de terrain ou arrière central a intégré la 1re équipe de la Chaudrette, avec qui il connaîtra les joies de la promotion en 2e ligue, à l’âge de 18 ans. «Au préalable, j’avais fêté aussi un titre cantonal avec les juniors A», se souvient-il. Pour le reste, son parcours footballistique fait état de passages à Porrentruy, La Neuveville et, pour finir, Tramelan, village où il était venu s’établir en 1976.

Le mentor d’Arber Smajli

Dans le civil, François a pris pour épouse Dominique, une Bordelaise que, jolie histoire, il avait connue lors d’un épisode de la célèbre émission télévisée «Jeux sans frontières» tourné à Lincoln, en Angleterre. Tramelan y représentait la Suisse à l’occasion de son 800e anniversaire. De cette union sont nés deux garçons devenus adultes, Frédéric et Loric. Sa vie, il l’a gagnée d’abord comme instituteur, puis comme prof secondaire, à Bévilard et à Tramelan. Et il a pu ajouter un peu de beurre dans ses épinards en devenant correspondant de presse sportif pour «Le Quotidien Jurassien», chargé pendant de longues années de couvrir des matches de volley, de foot et de hockey sur glace, ainsi que des compétitions d’haltérophilie.

Parmi ses élèves tramelots figurait un certain Arber Smajli, notre responsable actuel des arbitres. «Je garde un excellent souvenir de François», confie celui-ci. «A l’école, il fut mon maître de classe et mon prof de français. Plus tard, il m’a un peu poussé à devenir arbitre. Disons que je n’étais pas insensible aux anecdotes savoureuses qu’il racontait. Mais j’avoue m’être surtout lancé pour me faire de l’argent de poche…»

Devenu instructeur puis, plus tard, membre et vice-président de la commission d’arbitrage de l’Association de football Berne/Jura, François affirme avoir inspecté son «poulain» local à deux reprises. «Je me rappelle de la première fois, c’était à Lamboing à l’occasion d’un match de 3e ligue», souffle Arber. «Il avait pour moi l’œil d’un mentor, il usait d’un ton paternel et trouvait les mots justes, les mots positifs qu’il fallait pour m’encourager à persévérer…» Avec succès: à 29 ans, l’homme en noir n’a cessé depuis lors de gravir les échelons. Il sévit déjà en Promotion League et fonctionne aussi comme quatrième officiel en Challenge League.

Il stoppe un match pour récupérer son fils

A l’instar de tous ses confrères, François en a connu «des vertes et des pas mûres» au cours de ses 35 ans de carrière. «Un jour», narre-t-il, «c’était il y a fort longtemps, j’ai vécu un épisode curieux à St-Ursanne, à l’occasion d’un match de juniors B. A cette époque, ce stade de campagne situé sous le grand pont ferroviaire ne comportait pas de vestiaires, on devait se changer dans un restaurant du village, avec une seille d’eau pour seule source de rafraîchissement. Je m’étais présenté là-bas accompagné de mon fils aîné, qui devait avoir dans les 4 ou 5 ans. Pendant la partie, Frédéric jouait seul dans un carré de sable attenant, quand l’idée lui prit soudain de quitter les lieux et de grimper l’impressionnant talus qui surplombe le terrain. Du coup, ça m’a fait tilt. J’ai interrompu le match pour partir récupérer le petit aventurier en danger et le mettre en lieu sûr. La partie a alors pu reprendre comme si de rien n’était, sauf que les joueurs s’étaient bien marrés…»

François n’a pas oublié non plus ce jour de finale de Coupe jurassienne entre Fontenais et Bassecourt, qu’il dirigeait. «La rubrique sportive de la Télévision romande avait délégué une équipe de tournage dans le Jura pour faire un reportage sur ce petit événement régional», dit-il. «Et on m’avait interviewé. Plus tard, j’ai souvent utilisé cet exemple pour titiller de jeunes arbitres.»

Comme les footballeurs, les arbitres connaissent des hauts et des bas. «J’ai le souvenir d’un match qui se jouait un dimanche matin à Interlaken», glisse François, «au cours duquel le trio arbitral avait livré une toute bonne performance. Au coup de sifflet final, nous avions reçu des félicitations unanimes, et cela nous avait fait chaud au cœur. Une autre fois à Semsales, dans le canton de Fribourg, nous avions reçu un accueil formidable. Arrivés dans le vestiaire, nous avions découvert une table garnie d’innombrables produits du terroir. On cherchait visiblement à nous conditionner, mais ça n’avait pas marché…»

Dix spectateurs expulsés au Noirmont

Des aspects négatifs, il y en a eu également, bien entendu. «J’ai vécu quelques grosses contestations et essuyé quelques noms d’oiseaux, mais n’ai jamais dû me sauver sous la menace d’une agression», avoue François. «Dans mes décisions, j’ai toujours essayé d’être sûr de moi et de ne pas cartonner pour cartonner.»

Une fois, au Noirmont, François a été témoin d’une scène cocasse. Le jeune arbitre qu’il inspectait dans un match de juniors B contre Bévilard a eu quelques difficultés et s’est fait prendre à partie par le public. «Au bout d’un certain temps», souligne notre interlocuteur, «il en a eu ras le bol, s’est approché de la ligne de touche et a distribué simultanément 10 cartons rouges à des spectateurs! Evidemment, on ne peut pas se permettre une chose pareille!»

Une autre fois, lors d’une rencontre de juniors C à laquelle il assistait à Bassecourt, François a été écoeuré par l’attitude du coach local. «Figurez-vous que ce dernier a sorti son propre sifflet et s’est mis à prendre des décisions à la place de l’arbitre. A cause de ce comportement inadmissible, le jeune referee en question, qui vivait là son baptême du feu, a jeté l’éponge dès la fin du match.»

Dans ses articles de presse, François n’a jamais critiqué les arbitres. «Je sais l’ingratitude de cette fonction», dit-il. «Et je me suis toujours méfié de l’angle de vision. Il est rarement le même pour l’arbitre, les joueurs et le public, cela fausse le jugement, dans les deux sens. Cela dit, l’arbitrage est une école de vie, il a le mérite de te faire découvrir ceux qui sont vraiment honnêtes.»

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